Alors que le monde moderne et contemporain se fonde sur un processus cumulatif de connaissances croisées au sein desquelles les sciences occupent une place on ne peut plus décisive, l'instrumentalisation de ces connaissances et leur déploiement à travers la technologie, y compris dans les moindres aspects de notre vie quotidienne, structurent nos façons de penser aussi bien que nos comportements ou nos manières d'être. Il est désormais acquis que ces processus conduisent à soumettre également notre imaginaire à de nouvelles impulsions, ne laissant pas toujours intactes nos compétences en matière de perception, parfois pour les atténuer, d'autres fois pour les amplifier. Ces connaissances, que plus d'un auteurs provenant d'autant de disciplines ont qualifié de rationalité dominatrice, concernent aussi bien le développement sans précédent des sciences dites pures, que les sciences de l'homme au sens très large du terme, depuis la psychologie, la psychanalyse et les sciences du langage, jusqu'à la sociologie, l'ethnologie et l'anthropologie. Ces connaissances nous ont enseigné à placer le monde de même que l'être humain, toujours en tenant compte de toutes les composantes physiques et mentales de ce dernier, à distance ; de telle manière que nos approches nous conduisent à considérer l'humain et son environnement comme des objets, c'est-à-dire comme des choses sur lesquelles nous sommes de plus en plus en mesure d'agir, que nous pouvons modifier et transformer. D'une manière générale, nos modes de perception comme nos modèles de représentation et d'action s'en trouvent totalement bouleversés. Mais aux bouleversements qui résultent des modifications radicales de nos visions correspondraient, selon toute apparence, le développement de nouveaux stéréotypes. Aussi, il semble de plus en plus certain que le processus d'objectivation que proposent les connaissances scientifiques et techniques modernes et contemporaines jouent un rôle significatif au niveau des représentations du corps. Sont mises à contribution plusieurs disciplines scientifiques qui vont de l'informatique à la biologie, pour ne prendre que les exemples les plus opérationnels. Reste que pour l'homme le corps est saisi comme sujet et comme objet tout à la fois. Plusieurs questions viennent alors à l'esprit, à commencer par celle-ci : dans quelle mesure ces métamorphoses de la représentation et de l'action, ces changements et transformations dans le domaine de la pensée scientifique et technique, en embrassant ici toutes les disciplines qui s'y rattachent, viennent-ils modifier l'ensemble de nos pratiques symboliques ? À commencer par les modes de représentation du corps, jusqu'à la création et l'expression artistique qui s'y rapportent ou en découlent. Pierre-Yves Soucy Directeur d'atelier |