The State of Things 2017

14 Septembre - 15 Octobre 2017
The State of Things 2017
The State of Things de Pieter Van Bogaert

Overtoon et Werktank sont des vases communicants. Les premiers travaillent dans le domaine du son, dans le quartier nord de Bruxelles, au 25e étage d’un immeuble inoccupé : la tour WTC. Les seconds travaillent dans le domaine l’art visuel, au cœur de Leuven. Et comme nous le savons tous, le son et l’image ne sont pas indifférents l’un à l’autre. C’est ce que vous pouvez voir dans leur pratique; des artistes sonores pensent à l’image, et des artistes visuels collaborent avec des musiciens. Vous l’observez aussi dans les déplacements des artistes, qui en fonction de l’aspect principal de leur œuvre, travaillent tantôt avec une organisation, tantôt avec l’autre. Cela se ressent aussi dans cette exposition, la troisième en trois ans, dans laquelle Overtoon et Werktank offrent un aperçu de leurs activités : The State of Things (L’État des Choses).

The State of Things est un instantané. C’est une démonstration : ça montre un autre réalité. Ça parle de production : ça montre un processus. Ça parle de présentation : ça montre des choses qui passent d’un état à un autre pendant que vous les regardez. Ça parle de recherche : de cette zone intermédiaire dans laquelle une autre façon de regarder et d’écouter amène une expérience différente.

Floris Vanhoof assimile le son d’un orchestre symphonique à quarante hauts-parleurs aux formes géométriques : c’est une transition d’un état vers un autre. Vanhoof traduit une expérience physique dans une autre expérience physique, une autre réalité. Justin Bennett montre les différentes phases de son travail, sous la forme d’une recherche. Qu’est-ce qui précède ? Des appareils qui nous font écouter. Qu’est-ce qui se passe? La ballade à travers la ville. Qu’est-ce qui suit? Les dessins et sculptures qui forment le résultat. Kurt d'Haeseleer & Franck Vigroux plongent dans l’histoire des illusions théâtrales. En utilisant la technique connue depuis le dix-neuvième siècle sous le nom de "fantôme de Pepper", ils créent leur propre double image, une nouvelle réalité parallèle. Johannes Langkamp crée une œuvre in situ, sur base d’une ancienne vidéo, dans laquelle le cadre apparaît et disparaît. Tous ces artistes travaillent à l’intersection entre artisanat et numérique, entre réel et virtuel, entre histoire passée et à venir, entre tradition et innovation, entre chercher et trouver. C’est, littéralement, un travail en mouvement.

Séparés ensembles. C’est ainsi que travaillent ces organisations. C’est ainsi que ces artistes travaillent. Toutes ces créations partagent, dans toute leur diversité, la recherche d’une autre perception. Parfois cette recherche passe par l’image, parfois par le son. Que Floris Vanhoof ait produit son œuvre précédente chez Werktank, et maintenant chez Overtoon n’a rien d’inhabituel. Il en est de même pour la collaboration entre l’artiste visuel Kurt d’Haeseleer et le musicien Franck Vigroux. On retrouve une affinité partagée entre l’intérêt de Justin Bennett (Overtoon) et Johannes Langkamp (Werktank) pour l’impact du cadre sur le son et l’image. Pour Bennett, ce cadre se retrouve dans la trompette ou le stéthoscope en bois utilisés comme support pour un microphone miniature. Pour Langkamp, il s’agit du cadre de la caméra. Cette réalité changeante, cette perception pilotée, se retrouve dans chacune de ces œuvres, à chaque fois de façon différente. Ces deux organisations et ces artistes fonctionnent comme le son et l’image : ils ne sont pas indifférents l’un à l’autre. Retrouvez les différences et similitudes de The State of Things * par vous même.

Pieter Van Bogaert - août 2017.

* Pour la petite histoire : The State of Things est également le titre d’un film de Wim Wenders, sorti en 1982. Naturellement, c’est un film sur le cinéma, c’est un tournage qui parle d’un tournage, dans lequel la fiction et la réalité se confondent de plus en plus. Durant la production de Hammett, film réalisé en 1981 pour les studios Zeotrope de Coppola, Wenders retourne brièvement en Europe. Avec dans ses bagages un surplus de pellicule couleur issu de son tournage américain, il se rend au Portugal pour assister le réalisateur chilien Raul Ruiz dans la réalisation de son film Le Territoire. C’est là qu’il décide de faire un film qui parle d’une équipe de tournage en chômage technique, alors qu’elle attend que le producteur apporte plus de pellicule. C’est The State of Things. Le surplus de la matière filmée (en noir et blanc) sera offerte à Jim Jarmusch, qui l’utilisera pour tourner les premières images de Stranger Than Paradise. Vases communicants, n’est-ce pas ?